samedi 22 juillet 2017

Cruelle beauté


On est de plus en plus démocrates, égalitaristes. Mais quoi qu'on en dise, quoi qu'on en pense, on n'abolira jamais un privilège exorbitant, celui de la beauté féminine.

On enrobe de mièvreries ce sujet. On dit que ça n'est pas si important, que c'est éphémère ! Je préfère en parler sans détour, d'expérience. Ce n'est pas par hasard que je m'appelle Carmilla. Tant pis si mes propos heurtent, déplaisent.



La beauté est,  j'en ai conscience, un scandale absolu.

Les belles filles sont heureuses. Elles n'ont pas besoin de porter attention aux autres, de les observer, de s'intéresser à eux.


Elles n'ont pas besoin de regarder les autres, elles peuvent se contenter de ne regarder qu'elles-mêmes.  Les belles filles ne regardent pas les autres comme les "gens normaux" se regardent entre eux. Elles irradient simplement de leur bonheur intérieur, elles se suffisent à elles-mêmes. Le monde brille pour elles d'une simple évidence: on s'intéresse spontanément à elles et c'est normal.

Elles n'ont pas à s'inquiéter de savoir si elles dérangent ou non. Leur seule présence est un cadeau dont les autres se réjouissent forcément.



Il faut distinguer, toutefois, les belles filles et les très belles filles. Les belles filles sont peut-être plus heureuses que les très belles filles. Etre trop jolie peut, en effet, être un handicap au point qu'on se retrouve, bizarrement, un peu seule.

Parce qu'alors, on vous situe dans un monde inaccessible et personne n'ose vous approcher.  Le mec de base se sent, en effet, écrasé par une très jolie fille qui, il en est convaincu, ne fait sûrement pas attention à lui.



Surtout, il redoute d'être humilié par la très jolie fille. Il redoute son jugement destructeur qui le hantera toute sa vie: qu'est-ce que tu imagines ? Un nabot comme toi ! Comment peux-tu penser que tu as la moindre chance avec moi ? Je te prie instamment de ne plus jamais, je dis bien jamais, m'adresser la parole.

Le type de base n'a donc pas envie de savoir dans quelle catégorie le classe la très belle fille: sûrement pas la même que la sienne ! Il évite donc de croiser son regard. Il ne lui en veut même pas. Il a intériorisé l'irréparable inégalité de la beauté.



Ça résume ma vision de la relation entre les hommes et les femmes: la dissymétrie, le pouvoir, la hiérarchie! C'est sans doute choquant ! Ça va à l'encontre de tous nos grands principes. Mais est-ce que les femmes ne sont pas, en fait, les maîtresses du jeu ?

Est-ce que les rapports de domination ne font pas le silex de la vie ?


Tableaux de Joanna CHROBAK, artiste polonaise née en 1968. J'en suis fan ! Là encore, les images Internet ne rendent que très faiblement compte de son oeuvre.

samedi 15 juillet 2017

Nudité/Costumes


Quelle horrible chaleur, ces derniers temps ! Ça me déprime, m'épuise !

Une seule consolation: avec l'été, il y a une espèce d'exacerbation érotique. Finis les collants, les manteaux !

Je sors juste vêtue d'une culotte et dune robe légère. C'est un triomphe. On me siffle mais ça ne me déplaît pas !


Impudique et narcissique, je le suis un peu. La nudité ne me pose pas de problèmes. J'aime me contempler dans un miroir pour vérifier que je ne dévie pas de mes canons esthétiques: 1m 76, 55 kgs. Je manque de seins, c'est sûr, mais pour ça, il faudrait que je prenne au moins 10 kgs.


Je provoque, évidemment, mais c'est sûr qu'on devient de plus en plus puritains. La nudité devient obscène. Les jupes, les robes disparaissent, on ne porte plus que des pantalons. Sur les plages, le topless devient rarissime, on préfère le maillot une-pièce de nos arrière grands-mères. Quand je vais à la piscine, j'ai l'impression d'être obscène.


Ça concerne aussi les mecs qui portent aujourd'hui de ridicules caleçons; ou alors les joueurs de tennis ou de football avec des shorts qui leur descendent jusqu'aux genoux, comme dans les années 30.


On déteste les Femen. C'est sûr qu'elles ne volent pas haut politiquement mais elles renouent quand même avec l'esprit de Mai 68 (la nudité révolutionnaire) devenu aujourd'hui insupportable.


Je ne vais pas dire, bien sûr, que la vérité, l'authenticité, c'est la nudité. Pour séduire, susciter le désir, le voile est, d'ailleurs, sans doute préférable.


Il n'empêche! On n'est sans doute pas aussi libres et libérés qu'on le croit.


Tableaux de Pierre BONNARD (1867-1947), pour moi l'un des plus grands peintres de tous les temps. Les images Internet ne rendent que très faiblement compte de la beauté de son oeuvre.

La première image, une lithographie, est une illustration d'un recueil de poèmes de Paul Verlaine : "Parallèlement". 

lundi 10 juillet 2017

Summer reading


Voici quelques bouquins pour vos vacances d'été :

Nathalie SKOWRONEK: "Un monde sur mesure". Le monde des tailleurs juifs issus des shtetls de Pologne. Puis des vendeurs de prêt-à-porter en Belgique et au Sentier. La disparition complète aujourd'hui de ce monde (la vraie fin du Yiddishland) avec l'apparition des grandes chaînes. Une histoire familiale passionnante avec cette question : comment exister sans renier ses origines ?


Arno GEIGER: "Autoportrait à l'hippopotame". Il y a une littérature autrichienne très riche (Jelinek, Handke, Bernhard) mais Arno Geiger (l'un des auteurs germanophones les plus lus dans le monde dont le best-seller est "Tout va bien") en est un représentant beaucoup moins sombre. Son oeuvre est même plein d'humour et de fantaisie. Il s'agit ici du roman de formation d'un jeune homme observant avec acuité toute son époque. Drôle et singulier.


Iouri TYNIANOV: "La mort du Vazir-Moukhtar". La réédition, directement en poche, d'une oeuvre totalement méconnue en France, publiée à la fin des années 30 en pleine terreur stalinienne. Un extraordinaire roman historique dont le héros est Alexandre Griboïedov, diplomate russe massacré à Téhéran en 1829. Un livre qui nous fait voyager à Saint-Pétersbourg, Moscou, les routes du Sud, Tiflis, Tabriz, Téhéran. La critique de l'absolutisme des Tsars est aussi une critique implicite de Staline. Un livre hors du commun.





















Catherine MERRIDAL: "Lénine 1917 - Le train de la Révolution". Un livre passionnant, un vrai thriller, qui se concentre sur une période décisive de l'histoire, celle du voyage de Lénine en train, en avril 1917, depuis Zürich jusqu'à Saint-Pétersbourg via l'Allemagne, la Suède (et la ville-frontière d'Apparanda), la Finlande. C'est l'histoire du fameux wagon plombé. C'est aussi un portrait de Lénine très peu flatteur: ascète, obsessionnel, extrémiste.  C'est surtout le rôle de l'Allemagne qui a inauguré la "guerre moderne" avec une tentative réussie de déstabilisation internationale. Semer l'anarchie en Russie avec Lénine pour pouvoir se concentrer sur le front Ouest.


















Philippe TESSON: "Une très légère oscillation". Un journal intime, une suite de réflexions au fil du temps. Traversé par deux événements majeurs: la mort de sa mère et une chute, à l'automne 2014, du toit d'une maison où il failli laisser la vie. Je n'aime pas toujours Philippe Tesson (je ne partage ni sa vision de la Russie, ni son écologisme) mais ce bouquin là se picore avec plaisir. C'est percutant et ça évite agréablement les lieux communs.


Lorraine KALTENBACH: "Filles à papa". On peut évidemment penser qu'il s'agit d'un bouquin de midinette. Mais non, c'est une étourdissante galerie de portraits de femmes, toujours très justes et d'une grande acuité psychologique. Un reproche: c'est peut-être un peu trop concis mais est bien livrée, à chaque fois, une clé décisive.


Massimo MONTANARI : "La chère et l'esprit - Histoire de la culture alimentaire chrétienne". On a longtemps pensé que ce qui différenciait fondamentalement le christianisme du judaïsme et de l'Islam, c'est qu'il ne comportait aucun tabou alimentaire. Tout serait licite, peu importe ce que l'on mange. Ça demeure l'attitude générale en Europe même si les chrétiens sont de moins en moins nombreux. Pourtant, c'est plus compliqué que ça. Il y a quand même bien des règles alimentaires dans le christianisme et la culture européenne : rôle du pain et du vin, relation à la viande, au sang, au gras, modes culinaires, rôle du jeûne et aujourd'hui le véganisme,  les banquets de saucisson, les marchés halal. Un livre passionnant: l'histoire de l'alimentation et du goût, c'est une histoire de la culture en général.


Velibor COLIC : "Jesus et Tito". La vie d'un adolescent en Bosnie-Herzégovine. Une réédition, en poche, d'un chef-d'oeuvre d'humour. Velibor Colic écrit maintenant directement en français. Une occasion de découvrir un grand écrivain. Son dernier bouquin "Manuel d'exil - Comment réussir son exil en 35 leçons" est formidable, je le rappelle.

Nicolas FARGUES - Iegor GRAN: "Ecrire à l'élastique". Un échange épistolaire entre deux amis, deux maîtres d'humour ravageur. Nicolas Fargues est surtout connu pour son livre "J'étais derrière toi" et Iegor Gran (d'origine russe) pour " L'écologie en bas de chez moi".  Leur livre commun se passe entre Paris et la Nouvelle-Zélande. C'est délicieusement féroce.


Johan NORBERG: "Non, ce n'était pas mieux avant". A lire absolument par tous les déclinistes, passéistes, anti-capitalistes, insoumis, Pikettistes, alter-mondialistes, mélenchonistes, lepenistes. Contre toute évidence, la plupart des gens sont convaincus qu'on vivait mieux autrefois. Avec une grande pédagogie, en s'appuyant sur de multiples données chiffrées,  Johan Norberg, un historien suédois, démontre qu'on vit bien mieux aujourd'hui qu'autrefois, pas seulement qu'il y a un ou deux siècles mais qu'il y a 10 ou 20 ans : niveau de vie, inégalités, espérance de vie, pollution, pauvreté, éducation, tout s'est beaucoup amélioré et les progrès sont continuels. Un livre revigorant qui vous redonne de l'optimisme.


Chris HEDGES: "La guerre est une force qui nous octroie du sens". "La guerre, c'est la culture de la mort. Elle commence par l'annihilation de l'autre. Elle finit par l'annihilation de soi." La guerre, on en fait toujours une analyse manichéenne et simpliste. On est souvent aussi aveugles et insensibles que certains de nos adversaires. On se croit alors autorisé à résoudre les conflits par la force; il faut plutôt essayer de comprendre la guerre pour s'en protéger.  Un livre puissant et original (traduit par Nancy Huston), par un ancien correspondant du guerre du New-York Times (Balkans, Moyen-Orient, Afrique, Amérique Latine).


Tableaux du célèbre peintre britannique David HOCKNEY (né en 1937) auquel une exposition à Beaubourg est actuellement consacrée.

samedi 1 juillet 2017

Prévisible/Imprévisible


Les histoires d'amour finissent mal en général, dit-on !

C'est sûr mais pourquoi ?

Passé le premier moment d'émerveillement, qu'est-ce qui en vient à nous irriter, nous exaspérer, exacerber, dans l'autre ?

Ça dépend, sans doute, de chacun mais pour moi, c'est simple, c'est sa prévisibilité. Il n'y a pas pire tue-l'amour !


Quelqu'un que je décrypte, il ne m'intéresse plus. Et décrypter les gens, ça m'apparaît de plus en plus facile.

Tout simplement parce qu'on a, de plus en plus, des personnalités entièrement construites.

On se croit originaux, singuliers, mais, en fait, on n'épouse que les codes sociaux en vigueur.

 

Il y a, aujourd'hui, une banalisation générale pas seulement de la vie, mais des comportements, des modes de pensée.

En fait, on n'a pas d'autre ambition, en général, que de se conformer, sans même s'en rendre compte, aux injonctions sociales. On se croit, souvent, sophistiqués mais on cherche, plutôt, à se mettre, le plus vite possible, sur des rails. Ça se résume à mes études, mon boulot. La vie, l'avenir, on ne l'envisage pas en termes de rêves mais de projets. On a des plans !


Ma vie amoureuse, ça n'a jamais été satisfaisant. Je rencontre comme ça, surtout en France, plein de planificateurs. Des rêveurs, je crois que ça n'existe plus. Rien que des gens qui savent où ils vont, qui sont volontaires, déterminés. Des gens qui "pensent droit", d'un imperturbable sérieux. 


C'est très bien parce que c'est rassurant mais est-ce que c'est vraiment ça qu'on recherche en amour ? Une vie sans aspérités, stéréotypée, racornie, petite-bourgeoise. Des enfants hurleurs, des week-ends passés chez les beaux-parents ou chez des amis, dans leur maison de campagne, les vacances aux Seychelles, la semaine, enfermée dans son bureau, à s'éclater comme DAF ou Dircom. Quelle horreur, au secours !


J'en bâille tout de suite d'ennui. J'ai besoin de ne surtout pas savoir ce que je vais devenir dans un an, dans six mois. J'ai besoin d'espérer que ma vie peut bifurquer, prendre d'autres tours. Qu'il y a encore une part d'imprévu, de hasard, dans mon existence. Que tout peut changer ! Pas seulement mes conditions matérielles mais moi-même: que je puisse devenir autre, choisir une nouvelle vie. Que je puisse changer de destin !


C'est ça qui est insupportable : une vie sans imprévu, sans hasard, sans transfiguration possible !


Halina TYMUSZ (prononcer timouch en accentuant sur le i) : jeune artiste polonaise.