dimanche 22 octobre 2017

Mes petits livres


Avant la proclamation des prix littéraires, je me dépêche de recenser ce que j'ai aimé ces dernières semaines:



Julien BLANC-GRAS: "Dans le désert". Du Qatar à Oman en passant par Dubaï et le Bahrein. Des pays dont on parle beaucoup mais dont on sait très peu. C'est un bouquin drôle et féroce.


Arthur DREYFUS: "Je ne sais rien de la Corée". Je connais un peu la Corée mais j'aurais aimé avoir pu lire ce bouquin avant mes voyages. La Corée, c'est, effectivement, un pays totalement ambivalent, à la fois terrifiant et fascinant.


Andrzej STASIUK: "L'Est". Par le célèbre écrivain polonais, un récit et une interrogation sur tous ces pays de l'Est de l'Europe qui intriguent et fascinent. C'est remarquablement écrit et totalement inhabituel.


Lorenza FOSCHINI: "La Princesse de Bakounine". Un livre merveilleux d'une journaliste italienne. La liaison, en Italie, de l'anarchiste russe, Bakounine, et de la richissime princesse Obolenskaïa qui l'a largement financé. Cette princesse a inspiré à Tolstoï Anna Karénine.



Monica SABOLO: "Summer". Splendide et troublant ! Si vous aimez Sofia Coppola, achetez tout de suite ce bouquin.


Eric VUILLARD: "L'ordre du jour". Une nouvelle manière de raconter l'histoire (la montée du Nazisme) en faisant participer le lecteur. Très fort et passionnant.


Robert GERWARTH: "Les vaincus". On se rend rarement compte à quel point les visions de l'Histoire diffèrent selon les pays. On croit ainsi en France qu'au lendemain du 11 novembre 1918, la guerre était terminée. Il y a eu en fait, pendant près de 5 années, une profonde instabilité et un déchaînement de violence sur une grande partie de l'Europe. Ça a été, en particulier, la fin des Empires et l'éclosion des nationalismes. On continue d'en payer le prix aujourd'hui.


Images de Martin JARRIE, peintre et illustrateur français.

samedi 14 octobre 2017

Du simple bonheur d'être une femme


Faut-il, encore une fois, évoquer les "lynchages" médiatiques ?

L'horrible affaire Harvey Weinstein qui est, d'abord, comique mais se révèle, finalement, tragique!

Des hurlements de haine, de plaintes, relayés, depuis quelques jours, dans le monde entier ! Le droit, la présomption d'innocence, de toute manière, on s'en fout! Harvey Weinstein, il faudrait, tout de suite, le mettre sur une chaise électrique ! C'est sûr, il est coupable, forcément coupable !


Harvey Weinstein, c'est acquis, c'est un gros dégueulasse ! Il aurait cherché à sauter presque toutes les actrices.

Il serait laid, affreux, repoussant, un gros lard de plus d'un quintal. On est modernes mais quand même: on n'a pas aboli les discriminations physiques. Weinstein porte le vice sur son visage ! S'il était beau, il serait excusé, on n'en parlerait même pas. Et puis, il y a, aussi, un grand progrès aujourd'hui: on n'ose plus dire qu'il est Juif !

Harvey Weinstein, c'est, sans doute, un beauf, en effet, mais pas que... Il a tout de même produit les films américains les plus novateurs: Soderbergh, Tarantino, Gus Van Sat, Scorcese.

Et puis, les filles qui le dénoncent se révèlent d'une nunucherie effarante, la palme revenant, d'ailleurs, aux actrices françaises. Harvey Weinstein aurait, ainsi, essayé d'embrasser Léa Seydoux et invité dans sa chambre d'hôtel Judith Godrèche et Emma Decaunes. Quel traumatisme en effet! Si je récapitule le nombre de fois où ça m'est arrivé, je me demande comment je suis encore en vie !


Mais je ne veux pas porter de jugement sur cette affaire dont j'ignore tout.


Je veux simplement exprimer, aujourd'hui, une exaspération. L'exaspération d'être toujours considérée comme malheureuse, opprimée, victime parce que l'on est une femme !

Cette exaspération, Christine Angot l'a bien traduite à la suite de son altercation avec Sandrine Rousseau dans l'émission "On n'est pas couchés". Christine Angot, je ne l'aime pas toujours. Ses bouquins sont inégaux et je n'aime pas son agressivité générale.

Néanmoins, elle tape souvent juste. Je reproduis donc certains de ses propos:


"Personnellement, j'en ai assez qu'on demande aux femmes de revendiquer la souffrance. Une souffrance toujours rapportée au travail, aux tâches ménagères, aux enfants qu'il faut faire garder, au sexe, à la séduction, à l'âge, on n'en peut plus. Ou la féminisation des noms communs qui croit lutter contre la domination masculine comme si le rapport à la langue n'était pas universel. Les femmes, il y a quand même autre chose à en dire ! Autre chose à dire que: comme c'est dur d'être une femme !


Revendiquer un statut de victime n'est pas une ambition.



Pourquoi le fait d'avoir une identité féminine doit toujours nous être renvoyé comme un problème ?


Je me souviens, quand j'étais petite, de la joie intense que j'avais d'être une fille. Cette joie, je l'ai toujours. C'est tellement gai d'avoir cette identité féminine, et cette joie, qui ne doit rien aux hommes.

Je n'ai pas besoin qu'on m'aide à être une femme".


En effet, les femmes ne sont pas toujours de pauvres petites créatures, continuellement opprimées et victimes. Il y en a plein, aussi, qui ne se reconnaissent pas dans le schéma victimaire où le féminisme revanchard voudrait les enfermer. Il y en a plein qui ne se sentent pas opprimées. Il y en a plein qui se sentent heureuses d'être femmes, tout simplement !

Etre une femme, c'est d'abord une joie, un bonheur et c'est comme ça que je vois les choses !


Images de la grande photographe allemande: Ellen Von Unwerth (née en 1954 à Frankfurt ).

J'avais d'abord envisagé de poster des photos d'Helmut Newton (que j'aime beaucoup)  mais j'ai eu peur de me faire assassiner.Avec Ellen Von Unwerth, j'ai, du moins, l'excuse qu'elle est une femme.

Bien sûr que toutes ces photos sont hyper sexistes, kitsch, machistes. Mais tant pis pour la bien-pensance féministe. Le porno-kitsch, je me reconnais aussi là-dedans, dans tous ses stéréotypes. J'aime être séductrice, provocatrice! Je l'avoue: je joue beaucoup de ça et ça explique que toutes ces images me troublent !

Et surtout ! j'ai eu envie d'afficher ça, par provocation, face à l'affaire Weinstein !

samedi 7 octobre 2017

La mort choisie


Deux "Anne" sont mortes cette semaine et ça m'a foutu le  bourdon:

- Anne Wiazemsky, l'égérie, amante de Godard. Je ne l'ai bien sûr pas connue (juste échangé quelques mots, à un Salon du Livre, à propos de ses origines russes) mais Anne Wiazemsky symbolisait bien pour moi, par sa beauté, son allure, la jeune femme française des années 60. La liberté, l'iconoclasme !



- Anne Bert dont on a récemment entendu un peu parler dans les médias pour son combat pour le droit à l'aide médicale pour mourir, pour le droit à l'euthanasie.


Anne Bert était frappée depuis 2 ans, alors qu'elle n'avait que 57 ans, de la terrible maladie de Charcot ou Sclérose Latérale Amyotrophique (SLA). C'est une maladie, moins rare qu'on ne le pense (dont on a, un peu, entendu parler, il y a 3 ans, avec le "Ice Bucket Challenge"), qui se traduit par une destruction rapide des neurones moteurs et la perte des forces musculaires. Dans un délai de 2 à 4 ans, le malade meurt étouffé, emprisonné, lucide, dans un corps qu'il ne peut plus commander.

Anne Bert a été euthanasiée, lundi dernier, en Belgique !


Anne Bert a contribué à l'évolution de ma position sur l'euthanasie. Auparavant, les militants de ce droit, souvent en bonne santé, m'effrayaient un peu. Il faut se méfier des gens qui voudraient se voir accorder le droit de tuer, me disais-je, cela évoque trop de funestes souvenirs.

Anne Bert m'a permis de comprendre que le droit à l'euthanasie était un droit à la dignité tout simplement. Et de la dignité, du courage, elle en a eu, de manière extraordinaire, durant les derniers mois de sa vie !

Elle m'a confrontée aux limites de ce que je pourrais être moi-même face à l'horreur et ça n'est sans doute pas glorieux !


Anne Bert était, surtout, écrivain et il faut vraiment lire son livre-testament: "Le tout dernier été". C'est d'une beauté déchirante.

Anne Bert écrivait surtout des romans érotiques, ce qui était d'une liberté incroyable et me dépassait moi-même !


Je ne l'ai jamais rencontrée mais nous avons échangé, à plusieurs reprises, par mail. Curieusement, elle aimait mon blog où elle trouvait, disait-elle, des sources d'inspiration. Elle m'encourageait aussi notamment lorsque j'avais envisagé d'arrêter mon blog. Elle m'écrivait ainsi: "nous avons des choses en commun notamment le goût des ciels chargés et gris et noirs de la pluie et de la solitude même si nous sommes très, très, différentes".

Ça me flattait et me gênait un peu parce que je ne me sentais pas à la hauteur: un blog, ça n'est rien du tout par rapport à un roman ! Et puis quand elle m'a annoncé sa maladie, je me suis sentie tétanisée, incapable de lui parler. J'ai été complètement nulle en l'occurrence. La monstruosité, l'indicible, de sa maladie, que je connaissais très bien, m'a foudroyée. Je n'ai pas su lui écrire, la réconforter. C'est, pour moi, une culpabilité terrible.

Quelques semaines avant sa mort, fin août, elle m'a écrit ceci: "Il me reste peu de temps à vivre mais je vous embrasse avec joie et sourire, je forme le vœu que vous preniez bien soin de vous, je ne sais pas ce que pensent les vampires de l'après mais je serai dans l'océan et les mers et le vent".



Ce post est, bien sûr, dédié à Anne BERT et à tous ceux, innombrables, qui l'ont aimée.
Tableaux d'un peintre cracovien, Stanislaw Wyspianski (1869-1907). Je sais qu'Anne aimait les fleurs,la montagne, les paysages mélancoliques..

samedi 30 septembre 2017

Comment séduire une femme slave


Je l'ai déjà précisé: mon blog "Carmilla Le Golem" est référencé par quelques sites de rencontres avec des femmes russes et ukrainiennes. Je n'ai jamais rien demandé mais ça ne me gêne pas et, même, m'amuse plutôt. Je ne suis, bien sûr, pas non plus payée pour ça.

C'est donc rigolo mais je n'ai pas l'impression que ce soit très efficace. Je reçois bien quelques messages bizarres, plutôt insultants, mais jamais personne ne m'a encore avoué qu'il avait découvert mon blog par le détour d'un site de rencontres, ce qui ne m'aurait pourtant pas choquée.


Et puis je me pose des questions. Est-ce que je suis vraiment une bonne publicité pour eux? Est-ce que je donne une bonne image de la femme ukrainienne? Est-ce que je ne suis pas plutôt un repoussoir ?

Alors, pour me déculpabiliser, je me permets de donner aujourd'hui quelques conseils aux francophones qui souhaitent rencontrer une femme slave. Ils ont tendance à croire que les Slaves sont des femmes faciles (et c'est vrai qu'être Français est un atout) mais il est facile aussi de se prendre un râteau. 

Voici donc mes conseils pour éviter de vous faire rapidement rembarrer. Ils valent, à quelques nuances près, aussi bien pour les Polonaises que pour les Ukrainiennes ou les Russes. 


Donc:

- Ne parlez jamais d'argent ou, du moins, ne laissez pas supposer que vous êtes radin, avare. Si vous racontez que vous êtes venu à Moscou, via Istanbul, parce que ça vous a permis d'économiser 50 € sur un vol direct, vous êtes grillé. Sur place, ne déclarez pas, sans cesse, que vous trouvez tout effroyablement cher, ne discutez pas les prix, n'affichez pas votre peur de vous faire arnaquer. De même, ne proposez jamais de partager une note: c'est à vous de toujours payer.


- Ne jouez pas non plus à l'original, l'excentrique, ça n'est pas un bon plan. Ne racontez pas que vous êtes venu à Moscou à pied, à vélo, en autobus ou en train, ça ne suscitera aucune admiration. Le côté poète, étudiant désargenté, artiste, ça ne plaît pas. Il y en a pléthore sur place.

Et puis, d'une manière générale, évitez de parler de vous! Vous n'êtes, peut-être, pas si intéressant que ça et une femme a vite fait de détecter les mythomanes.


- Faites effort pour vous habiller. Si vous venez en jeans, baskets, t-shirt, c'est fichu. Une femme slave fait des efforts incroyables pour s'habiller et, même si le résultat est souvent "too much", elle ne comprendra pas que vous n'en fassiez aucun.


- Appliquez strictement les règles de politesse. Je dis ça surtout à l'attention des Français qui semblent ignorer qu'on aide toujours une femme à passer son manteau, à ouvrir les portières d'une voiture et qu'enfin, on lui offre, mille et mille fois, des fleurs.


- Evitez les familiarités érotiques. Rien ne m'horripile plus que l'habitude française (récente m'a-t-on dit) de se faire systématiquement la bise entre hommes et femmes (contrairement à ce qu'on pense, on ne s'embrasse, dans les pays slaves, qu'entre très proches).Ou alors de s'exhiber en public, en se tenant par la main, en s'embrassant devant tout le monde. C'est niais, obscène !

Et puis, évitez de sourire sans cesse. Ça fait bête! C'est vrai qu'on ne sourit pas beaucoup dans les pays slaves (surtout en Russie) mais c'est jugé hypocrite.


- Ne critiquez jamais, du moins au début, la Russie, l'Ukraine, la Pologne. Ça apparaîtra arrogant. Ce sont tout de même des pays qui ont une grande culture et une grande histoire.

 

Voici donc mes petits conseils qui vous éviteront, peut-être, de vous ramasser d'emblée.

Ça vous effraie sans doute ! Je précise, en outre, qu'une femme slave est habituée à être absolument respectée, valorisée, mise sur un piédestal, ce qui peut devenir très difficile, intolérable, lorsqu'elle est transposée dans un pays machiste, latin, la France notamment. 

En revanche, une Slave n'en a à peu près rien à fiche de l'âge ou de la beauté d'un homme. Et ça, je trouve que ça va en l'encontre de toutes les idées communes. C'est même révolutionnaire ! Les frontières de l'âge, de la beauté, c'est ça qu'il faut d'abord abolir !


Mes propos peuvent apparaître incroyablement réactionnaires, petits-bourgeois !

Peut-être ! mais en dépit de toutes les contraintes (être constamment belle) et d'expérience, je préfère être une femme slave plutôt qu'une Française: on est continuellement respectées, admirées, même si c'est de manière sexiste. En Pologne, en Russie, en Ukraine, je peux me promener tranquillement sans qu'on m'embête, me harcèle. Et la fréquentation, possible ou impossible, de l'espace public, c'est ça qui est fondamental ! Se promener librement, c'est l'aune de la liberté féminine et ça n'est pas encore le cas en France.


Un post qui choquera, peut-être, par ses accents réactionnaires.Tant pis! Ça reflète, évidemment aussi, qui je suis !

Mais, mais, mais.... J'ai baisé avec à peu près tous les hommes ( des jeunes, des vieux, des très vieux, des moches, des très moches) pourvu qu'ils fussent intéressants. J'ai toujours été fière et heureuse de leur plaire. C'est en ça que je me considère comme révolutionnaire et c'est pour ça que je déteste le féminisme français victimaire !

Dessins de Bruno SCHULZ (1892-1942). J'ai déjà posté plein de ses images, je radote, je me répète !
Mais tant pis ! C'est l'artiste, l'écrivain, dans lequel je me reconnais absolument !

vendredi 22 septembre 2017

Grands Prix d'Automne


Les prix littéraires, ça me passionne ! Ça fait partie des choses que j'aime le plus dans la culture française: on ne s'intéresse tout de même pas qu'au football!

 Et puis il y a maintenant une littérature contemporaine française riche et intéressante. On a cessé de parler de soi ou plutôt on le fait indirectement en s'inscrivant dans l'histoire du monde. Voici donc quelques bouquins français que j'ai aimés.


Rebecca LIGHIERI: "Les garçons de l'été". C'est un livre qui est déjà un peu ancien, il a quelques mois. Mais courez l'acheter. Malgré un poids conséquent, je l'ai lu en une journée. "Weird" et "thrilling" ! Du coup, j'ai recherché tous les bouquins de cette auteur. Rebecca Lighieri, c'est un pseudonyme sous lequel elle a également écrit "Husbands". C'est un thriller érotique pareillement renversant!  Curieusement, Rebecca Lighieri écrit également sous le nom d'Emmanuelle BayamackTam.


Patrick DEVILLE: "Taba-Taba". C'est mon livre favori pour le Goncourt. C'est l'histoire de sa famille depuis 1860. Mais on voyage évidemment beaucoup: l'Egypte, l'Amérique Latine, l'Allemagne, l'Afrique, la Chine. C'est d'une érudition étourdissante. Deville, c'est un peu un Jean Rolin qui ne serait jamais ennuyeux. Merveilleux !


François-Henri DESERABLE: "Un certain M. Piekielny". Mon second favori pour le Goncourt.  Ce livre parle beaucoup de Romain Gary, de Vilnius (où a vécu, durant son enfance, Roman Kacew) et d'un voisin, réel ou imaginaire (?) de Romain Gary: un certain M. Piekielny (ce qui signifie "infernal en polonais). Il interroge surtout le rapport de la fiction et du réel: le quel engendre l'autre ?  Sous une apparence simple, c'est très fort et ça invite à la réflexion.


Olivier GUEZ: "La disparition de Joseph Mengele". La fuite éperdue de l'"ange noir", de Mengele (médecin-chef à Auschwitz), en Amérique Latine (Argentine, Paraguay, Brésil). Il se sent traqué, il est obligé de constamment changer d'identité, de pays, de domicile. Il n'éprouve, malgré tout, aucun remords. C'est un livre formidable qui apprend beaucoup sur Mengele, bien sûr, mais aussi sur l'Amérique Latine.


Philippe VILAIN: "La fille à la voiture rouge". J'avais beaucoup aimé "Pas son genre" (qui a donné lieu à un film épatant de Lucas Belvaux) qui explorait les relations de classe dans un couple. Ce livre est pareillement troublant. Il parle de l'histoire d'amour qui se noue entre l'auteur et une jeune fille mythomane. Des mythomanes, on en rencontre plein tous les jours mais comment peut-on réagir face à eux et peut-on, malgré tout, les aimer ?


Chantal Thomas: "Souvenirs de la marée basse". Par la grande spécialiste du 18ème siècle, et du Marquis de Sade notamment, une évocation de sa mère qui était folle de natation. Elle était même folle tout court mais d'une folie libératrice qui la transfigurait. C'est très singulier et magnifiquement écrit.


Eric REINHARDT: "La chambre des époux". L'auteur du magnifique "Cendrillon" est pour moi l'un des grands écrivains français mais là, il faut reconnaître qu'il se rate un peu. Sur un sujet aussi grave, il ne peut pas s'empêcher de faire du sentiment, de l'emphase. Il a l'audace, néanmoins, d'aborder une question terrible: l'irruption destructrice de la maladie, de la mort, dans un couple.



Camille LAURENS: "La petite danseuse de quatorze ans". La vie d'une très jeune danseuse à l'Opéra de Paris dans les années 1880. On pourrait croire que c'est une vie de rêve mais il n'en est rien. C'est la misère économique qui contraint à multiplier les petits boulots pour survivre. Notamment modèle de Degas qui en a fait une sculpture très célèbre. Un livre qui rend hommage à cette petite danseuse oubliée et qui ressuscite une fin de 19 ème siècle souvent sordide.


Louis de ROBIEN: "Journal d'un diplomate en Russie 1917-1918". Au moment où l'on s'apprête à fêter le centenaire de la Révolution russe, je recommande absolument la lecture de ce livre oublié que l'on vient tout juste de redécouvrir. C'est même l'un des meilleurs et des plus objectifs que j'aie pu lire. Louis de Robin était en poste à l'ambassade de Pétrograd depuis 1914 et il a couché, dans son journal, toutes ses observations de la rue. C'est très vivant, très précis, très lucide, sans préjugé.  Il évoque bien en particulier la violence terrible de cette Révolution.

C'est donc ma première liste mais je n'ai pas encore lu "La serpe" de Philippe JAENADA et "Summer" de Monica SABOLO qui semblent très prometteurs.

samedi 16 septembre 2017

France/Belgique


J'ai beaucoup de lecteurs belges.  Ce sont même, sans doute, les plus nombreux en proportion de la population du pays. Je pense que nous avons des points de convergence: l'imaginaire, la socialité du Nord. 

C'est un même courant alternatif: déprimer d'abord et faire la fête ensuite pour oublier toute l'angoisse du monde ! Et puis la bière, c'est mieux que le vin !


C'est vrai que je ne me sens pas vraiment Française et c'est vrai aussi que la Belgique et la France, c'est très différent. Mais je ne me sens, évidemment, pas non plus Belge. Mais j'ai une forte sympathie pour la Belgique et j'ai en horreur les blagues belges des Français. Pour moi, c'est d'une arrogance, voire d'un racisme, insupportables.


Sur la différence France/Belgique, je suis tombée par hasard, dimanche dernier, sur un entretien d'Amélie Nothomb avec Audrey Crespo sur LCI. Je ne raffole pas d'Amélie Nothomb mais elle est souvent juste, percutante. Je retranscris donc, de mémoire, ce qu'elle a dit.


"J'aime énormément la France, c'est un pays tellement différent. On devrait installer un océan entre la France et la Belgique, ce serait plus conforme à la différence géographique de ces deux pays.


Beaucoup de Français croient que la Belgique, c'est un peu une province de la France. C'est totalement faux.

Les états d'esprit sont radicalement différents.


La France, c'est évidemment le pays de la séduction. Tout Français, toute Française est en situation, permanente, de séduction.



Les Belges ne pensent pas du tout à la séduction et, d'ailleurs, ils séduisent fort peu !


Passer d'un pays à l'autre, ça donne l'impression de passer d'un théâtre séduisant mais stressant à un monde infiniment paisible et reposant".


Voilà ! Ce sont les propos d'Amélie Nothomb mais ça m'apparaît pertinent. Juste un bémol: la culture de la séduction est, aussi, en forte régression en France. En d'autres termes, les Français se belgicisent.


Mais c'est évidemment bien plus compliqué. Ça donne surtout le sentiment dévalorisant que les Belges sont totalement prosaïques. Ce n'est pas du tout ce que je perçois. Il y a chez eux, me semble-t-il (toute leur création artistique en témoigne), une culture de l'angoisse et de la mort inexistante, à contrario, en France. Ce n'est pas un hasard si la Belgique a vu naître Kubin et Ensor et a été le pays où le Symbolisme et l'Art Nouveau ont été portés à leurs sommets.


Bien sûr que la séduction, ce n'est pas un problème belge!

Mais, en Belgique, on entretient, en revanche, une plus grande proximité avec l'horreur, le tragique de la vie.

C'est peut-être pour ça qu'en Belgique, on est plus conviviaux et on aime davantage faire la fête qu'en France.


En espérant ne pas avoir heurté mes lecteurs et amis belges. Je raconte sans doute des bêtises mais il ne faut pas m'en vouloir !

Tableaux de Léon SPILLIAERT (1881-1946) aussi célèbre en Belgique qu'injustement méconnu en France.