dimanche 31 mars 2013

Mes amours crapuleuses


L’amour, ça ne m’a jamais trop intéressée. En tous cas, pas avec un jeune homme bien sage, bien éduqué.


La sentimentalité, j’ai toujours perçu ça d’abord comme un terrain d’expérimentation : qu’est-ce que ça peut donner de vivre ça ou ça ? C’est pour ça que je ne m’arrête sur rien, ne me fixe sur personne. Peut-être d’ailleurs que je ne suis pas vraiment capable d’entrer en empathie avec quelqu’un, de m’intéresser réellement à lui. Mais c’est ce qui explique aussi que je suis une vampire, que j’aime séduire dans une chaotique succession, dans la brûlure de quelques instants, le temps d’une déchirure, d’une morsure, sans conséquences, sans traces.


J’ai en fait toujours affectionné les situations tordues : des moches, des tarés, des vieux, des vicieux. Je dirai même que je suis surtout attirée par les pauvres types, ceux dont aucune fille ne veut, ceux que tout le monde considère avec pitié ou compassion. Le seul problème, c’est qu’il faut évidemment ne pas trop traîner avec eux et s’en débarrasser rapidement. Quant aux types bien, ça ne m’a jamais excitée, sauf pour les faire plonger : le père, le frère, le mari de la copine. Mais, en général, je préfère les désaxés, ceux et celles qui portent une fêlure en eux parce que ça me permet de plonger, de vaciller, moi aussi. Je me sens d’autant plus bouleversée que j’ai le sentiment d’être en eaux troubles, presque avilie, humiliée.


Avec ma copine Daria, on cultive beaucoup ça en ce moment depuis qu’on a décidé de s’associer dans notre vie érotique. On ne se force pas : on joue les Russes chics, sexy, hautaines, on est donc 100 % crédibles. Mais c’est incroyable ce que ça peut développer chez les mecs comme fantasmes de haine-vengeance. Quelquefois, on a vraiment la trouille, heureusement qu’on est toutes les deux.


Mais ça me plaît parce que je n’ai jamais considéré que la sexualité, c’était l’expérience du plaisir et de l’apaisement. L’orgasme, ça n’est d’ailleurs pas si important que ça. Plus essentiels pour moi, c’est la pétoche, l’angoisse, l’inquiétude, la honte, le triomphe que je peux éprouver au cours de mes rencontres.


J’ai ainsi été étonnée de lire, dans la revue « Philosophie Magazine » (mars 2013), les propos d’Ovidie, ancienne star du porno et philosophe : « la sexualité, c’est une activité saine, je veux dire par là qu’elle participe au bien-être, qu’elle est nécessaire au plein épanouissement physique et psychologique ».

Ca, c’est l’idéologie dominante, hygiéniste et lénifiante.


A rebours de cette vision moderne, j’ai l’impression, moi, que la sexualité, c’est une activité foncièrement malsaine. Plus qu’un plaisir, une jouissance, un orgasme, c’est un trouble, un ébranlement, un vacillement.

La honte, la culpabilité, on voudrait nous faire croire qu’aujourd’hui ça n’a plus lieu d’être, qu’on devrait forcément baigner dans l’allégresse et la félicité parce qu’il n’y a rien de mal dans la vie érotique et qu’on est débarrassés de tous nos tabous.


Et bien non ! Il y a bien dans la sexualité un délice, qu’il est urgent de réhabiliter, de l’angoisse, de la honte, de la culpabilité et c’est finalement aussi attrayant que l’orgasme. J’aime dans la sexualité la terreur qu’elle me dispense.


Quelques tableaux Art Nouveau, Expressionisme parmi lesquels on reconnaîtra principalement Ferenc HELBING, Gustav KLIMT, Edvard MUNCH, Alfons MUCHA.

dimanche 24 mars 2013

Lu et aimé


Ouh là là ! Je me rends compte que j’ai pas mal carburé ces dernières semaines mais il faut dire que j’ai pris quelques jours de vacances.


- Pierre BAYARD : « Aurais-je été résistant ou bourreau ? ». Un livre clair, simple, lumineux, sur une question qui me taraude personnellement. Quelle est cette étrange propension de l’homme à obéir ?


- Camille LAURENS : « Encore et jamais ». Camille Laurens, j’avais seulement, jusqu’alors, survolé ses romans et je n’aimais vraiment pas. Il s’agit cette fois d’un essai consacré au thème de la répétition dans nos vies : qu’est-ce qui nous asservit et qu’est-ce qui nous délivre dans la répétition ? Certes, ça a déjà été traité, magistralement, par Kierkegaard, Freud, Gilles Deleuze parmi d’autres mais ce n’est pas très facile à lire. Camille Laurens réussit le tour de force d’être passionnante, très concrète et jamais ennuyeuse.


- Marcela IACUB : « Belle et bête ». Qu’est-ce qu’on peut encore dire ? Je suis évidemment, depuis longue date, une inconditionnelle de Marcela Iacub. J’achète « Libération », le samedi, rien que pour elle. Il y a peut-être méprise : plus qu’un récit, ce livre m’est apparu un essai philosophique. J’ai bien aimé ce concept du cochon, le prototype du personnage deleuzien vivant en complète immanence, indifférent à tous les codes. Mais c’est sûr que l’inculte DSK ne pouvait pas comprendre ça.


- Jean-Luc COATALEM : « Nouilles froides à Pyong-Yang ». Aller en Corée du Nord, ça faisait partie de mes projets. Ce livre m’en a heureusement dissuadée. Ca sera pour plus tard.


- Charles DANTZIG : « Qu’est-ce qu’un chef d’œuvre ? » Certes, c’est un peu décevant par rapport à ses précédents monuments mais il y a quand même quelques fulgurances, un manière très personnelle de revisiter l’histoire de la littérature.


- Philippe SOLLERS : « Portraits de femmes ». Un livre sûrement anecdotique mais je crois qu’il est nécessaire de lire Philippe Sollers aujourd’hui. Il est de plus en plus inactuel : l’un des derniers écrivains qui, en nos temps d’indifférenciation sexuelle généralisée, ose parler de ce qui fait le sel de la vie : la séduction et la guerre des sexes. Avec Philippe Sollers, l’esprit du 18 ème siècle n’est pas encore mort.


- Jean-Noël LIANT : « Eloge des garces ». Un autre livre iconoclaste. Etre une garce, c’est un plaisir et c’est subversif. Des portraits, hélas trop brefs, de Marlene Dietrich, Louise de Vilmorin, Bette Davis, Tamara Lempicka. J’ai offert ce bouquin à ma copine Daria. Elle a évidemment adoré.


- Cédric GRAS : « Le Nord, c’est l’Est ». J’avais beaucoup aimé son premier livre (Vladivostok). Voilà enfin quelqu’un qui connaît la Russie. Ce récit est très beau. Il parle avec intelligence de ces territoires perdus, improbables, de steppes, de taïgas, de montagnes qui font toute la complexité de la Fédération de Russie. Je recommande absolument.


- Alice ZENITER : « Sombre dimanche ». Un livre étonnant. Ecrit par une jeune Française sur la Hongrie et l’histoire de plusieurs générations depuis la fin de la 2nde guerre mondiale. Le livre est très juste et décrit bien, notamment, la curieuse ambiance du monde communiste.



- Christian OSTER : « En ville ». A ma grande honte, je n’avais encore jamais rien lu de Christian Oster, l’un des papes de la nouvelle littérature. J’ai trouvé ça très singulier, très déroutant, très fort.



- Abram KARDINER : « Mon analyse avec Freud ». Un texte historique, passionnant, qui livre un portrait de Freud très humain.


- Lorenza FOSCHINI : « Le manteau de Proust ». Un petit bijou, plein de poésie, qui enchantera tous les proustiens.



- Rachel POLONSKY : « La lanterne magique de Molotov ». Molotov, de même que Staline, était un personnage extrêmement cultivé et un bibliophile fervent. Rachel Polonsky a redécouvert la bibliothèque de Molotov. Elle fait de chaque livre une invitation au voyage à travers la Russie et son histoire. Un pays ravagé par les guerres et l’oppression mais finalement sauvé par ses écrivains.


- Houchang NAHAVANDI – Yves BOMATI : « Mohammad Reza Pahlavi – Le dernier Shah / 1919-1980 ». Curieusement, c’est seulement aujourd’hui, plus de trente ans après sa mort, que nous disposons de la première véritable biographie historique du dernier Shah d’Iran. Beaucoup objecteront que cette biographie est de parti pris puisque Nahavandi a été ministre du Shah. Et bien non ! Certes, on peut critiquer certains points de vue mais il y a tout de même dans ce livre une foule d’informations historiques précises et nouvelles. A lire absolument par tous ceux qui s’intéressent à l’Iran.



- HU-JOON : « 2 ou 3 choses que l’on ne vous dit jamais sur le capitalisme ». Quelques points de vue nouveaux et intéressants sur l’économie.



Photos de Carmilla Le Golem à Saint-Pétersbourg. Les tableaux sont de Valentin SEROV (portrait d’Ida RUBINSTEIN) et de Leon BAKST (le décorateur/costumier des ballets russes).

Au cinéma, je recommande 3 films : « Paradise » d’Ulrich SEIDL (malheureusement déjà difficile à voir), « Queen of Montreuil » de Solveig ANSPACH, « A la merveille » de Terrence Malick.

samedi 16 mars 2013

Le souffle du Nord



Voilà, ça fait déjà quelques jours que votre vampire préférée est rentrée de Russie mais j’étais bien incapable d’écrire ou poster quoi que ce soit.

Le retour est rude. Tout apparaît, ici, trivial et prosaïque.


La tombe de Dostoïevsky


Parce que c’est un peu ça : la vie n’a pas la même signification, la même intensité dans le monde slave.  


Là-bas, la vie c’est encore une expérience esthétique, un dépassement de sa simple condition.



Pendant cette semaine, je me suis promenée inlassablement dans Saint-Pétersbourg, non pas pour la contempler, l’admirer mais pour la vivre. J’ai retrouvé tous mes petits lieux favoris :


- le « Grand Hôtel Europe » pour parcourir ses salons, aux sons d’un piano, en pensant à Ida Rubinstein, Tamara Lempicka, Sergueï Essenine,


- la Dom Knigi, dans un bâtiment Art Nouveau, pour y prendre un café au milieu d’une immense librairie dominant la Nevski Prospekt,


- le magasin Jugendstil Eliseïev, pour me gaver d’esturgeon et d’anguille fumée,



- le restaurant « Beluga », le soir, sur l’île Vassilievski pour manger du steak de thon au gingembre ou bien au « caviar Bar », pour du crabe Kamtchatka,


- le café littéraire où Pouchkine s’est rendu quelques instants avant sa mort et aussi son appartement-musée sur la Moïka,


- l’église de Tchesma pour assister à une cérémonie orthodoxe,



- le musée russe pour retrouver les peintres que j’aime (Leon Bakst, Mikhail Vroubel, Valentin Serov),


- le cimetière de Tikhvine pour me recueillir sur les tombes de Tchaïkovsky, Marius Petipa, Ivan Kramskoï, Glinka, Moussorgsky et bien sûr …Dostoïevsky.


- les ponts de la Banque (avec ses griffons ailés), le pont aux Lions ou le pont égyptien pour fixer mes rendez-vous amoureux ou non,


C’est là que vous pouvez me retrouver quand je suis à Saint-Pétersbourg, dans mon long manteau blanc, ma grande chapka, dans la lumière du Nord, tranchante, ciselante, sur les nappes de glace.



Ce qui me fait plaisir, c’est que, chaque année, Saint-Pétersbourg est plus beau. Heureusement, la mondialisation n’a pas encore submergé de son kitsch les pays slaves : les publicités, les centres commerciaux, Coca-cola, Mc Donald, Ikea, H&M, toutes ces horreurs, ça ne se voit pas beaucoup et c’est rejeté à la périphérie.

En France, depuis une vingtaine d’années, on n’aime plus du tout les pays slaves, sans trop savoir pourquoi d’ailleurs puisqu’on ne les connaît pas mais en reproduisant simplement la propagande médiatique. Ce ne seraient que des pays fascistes, antisémites, violents, qui ne produiraient que des oligarques et des prostituées.

 La chambre de Dostoïevsky avec la pendule arrêtée à l’heure de sa mort

Au risque de surprendre, je dirais, moi, qu’on a beaucoup de choses à apprendre des pays slaves. Ce sont encore les pays de la culture, de la spiritualité et c’est comme ça d’ailleurs que se définissent, sans hésitation (à la différence des Français), un Russe, un Polonais, un Ukrainien : par leurs écrivains, leurs musiciens, leurs artistes.


La lutte contre la barbarie de la mondialisation, le combat pour la beauté, c’est dans les pays slaves qu’il existe encore.



Photos de Carmilla Le Golem principalement prises avec un mon tout nouvel appareil, encore un Sigma, le DP3, un outil complexe mais aux performances ahurissantes.

Attention ! mes photos de Saint-Petersbourg s'écartent des grands monuments touristiques

samedi 2 mars 2013

"Le Nord, c'est l'Est"

Voilà, je m’en vais. Je pars pour Saint-Pétersbourg pour une semaine. Demain soir, je serai attablée devant une platée de harengs arrosés d’une bière Baltika Nevskoye.


Retrouver mon élément. Prolonger le plaisir du froid, de l’hiver. Me promener comme les élégantes russes en sautillant sur la neige en talons aiguille, jupe courte et grande fourrure blanche. Surtout pas de doudoune, de pantalon ou d’affreuses bottes comme les touristes ou les babouchkas. Imprimer avec ses escarpins de petites piques dans la glace : il faut être aérienne, légère et c’est pour ça que ce ballet dans la neige est émotionnellement très gratifiant.


Je ne sais pas si je préfère Moscou ou Saint-Pétersbourg. Ca dépend de mon humeur.


Je crois quand même que Saint-Pétersbourg est la plus belle ville du monde, tout simplement parce qu’elle est née d’un rêve, le rêve européen de Pierre Le Grand contre la tradition. L’esprit d’avant-garde, c’est ce qui définit Saint-Pétersbourg : construire une nouvelle capitale dans un environnement complètement hostile, c’était la naissance de l’esprit des Lumières et je trouve ça bouleversant. Petite anecdote : Saint-Pétersbourg se vante aujourd’hui encore d’être une des villes où le nombre de journées d’ensoleillement est le plus faible au monde. Je trouve ça agréablement provocateur et roboratif à notre époque où l’on valorise stupidement le soleil. Pour moi, rien n’est plus beau que la mélancolie du froid.


Et puis, Saint-Pétersbourg, c’est aussi toute la galerie des tsars. L’histoire de France, je ne suis pas très forte mais, en revanche, l’histoire de la Russie, je suis incollable. Il faut dire que c’est beaucoup plus passionnant : rien que des pervers, des fous, des débauché (e)s, des traîtres, des criminels, des imposteurs. Ca vaut les meilleurs romans d’amour et d’aventure. La conscience russe est vraiment hantée par le crime et ça en apprend beaucoup sur la condition humaine.


C’est pour ça aussi qu’en allant à Saint-Pétersbourg, je vais évidemment à la rencontre de Dostoïevsky et de Pouchkine. Le criminel entretient une proximité plus grande avec Dieu que le saint, c’est un peu ma devise et c’est son illustration que je vais chercher là-bas.


Photos de Carmilla Le Golem, récemment réalisées, tout près de chez moi, à Paris + 1 tableau de Mikhail Vrubel.

A l’attention de mes admirateurs, je signale qu’à Saint-Pétersbourg, je logerai, en bonne vampire, tout près d’un cimetière, celui de Tikhvine.