samedi 30 juillet 2011

Mon Paris



" L'entrée du Musée d'Orsay"

Ho la la ! J"avais le projet d'un long texte aujourd'hui.


" L"église orthodoxe russe de la rue Daru "

Et puis, en sortant dans Paris ce matin, je me suis rendue compte que tout le monde s'était volatilisé. Le vide complet !


" Mes chers cimetières ... de Passy"

Zut ! Est-ce que je ne pourrais pas avoir le droit, moi aussi, de paresser un peu ? Surtout que personne ne me lira de toute manière.



"... et du Père Lachaise"

Alors, je me contente ce soir de vous jeter, en vrac, quelques photos que j'ai "claquées" récemment. Tout cela est dans mon entourage presque immédiat. Ca peut vous donner une idée de ce qui me fait rêver le week-end.


" Le Parc des Tuileries"


" Le Louvre "


" La maison de Balzac dans le 16 ème. Je m'y rends fréquemment. Il y a ici des tableaux de Théophile Gautier qui n'était pas seulement écrivain mais aussi peintre"


" L'entrée de la maison Lalique "


" L'église suédoise de Paris "



" La verrière de mon magasin favori, les Galeries La Fayette "


" Le parvis de l'église Saint-Eustache et l'entrée de mon cinéma préféré, celui du Forum des Halles "

Photos de carmilla Legolem sur Sigma DP1 et 2

dimanche 24 juillet 2011

La mauvaise mère


J’ai vraiment bien aimé le film d’Eva Ionesco, « My little princess », avec Isabelle Huppert comme actrice principale. Ce qui est d’abord passionnant, c’est que c’est un regard authentique puisqu’Eva parle, sans médiation, de sa relation avec sa mère, la célèbre photographe des années 70, Irina Ionesco.



La mère utilisait sa fille comme modèle et la faisait poser, dès l’âge de 4 ans, avec des attitudes et des tenues clairement érotiques. Même à cette époque, ça a commencé à faire scandale.

Facile évidemment à partir de là de broder sur l’enfance brisée et la perversion pédophile, ce que ne fait d’ailleurs pas Eva Ionesco.


A contre-courant, j’aurais tendance à penser que la relation d’Irina Ionesco à sa fille est une bonne expression, sous une forme simplement exacerbée, de l’éducation « moderne ».

Est-ce qu’on ne vit pas en effet dans un monde sur-érotisé, se croyant affranchi des vieux tabous, une grande pornographie généralisée où le désir est partout et nulle part à la fois ? Un monde où, paradoxalement, la profusion du désir va de pair avec son indifférence.


Est-ce que surtout les relations parents-enfants et surtout mère-fille ne deviennent pas de plus en plus fusionnelles, plus incestueuses ? On se dit tout, on ne se cache rien, on est pareilles, on sort ensemble. De plus en plus, la fille est une projection narcissique de sa mère, son double fétichisé. Et c’est très satisfaisant pour la mère : comme ça, elle a l’assurance que sa fille ne sera jamais une rivale puisqu’elle ne saura désirer qu’à travers elle.

La mauvaise mère, ce n’est donc pas tellement la mère répressive, celle qui punit, c’est plutôt celle qui entretient la confusion, celle qui brouille les codes, les différences. C’est celle qui prétend être comme vous ; mais en disant cela, elle vous confisque votre identité, se l’approprie, pour vous confiner dans l’espace familial, vous empêcher de désirer, de vous ouvrir à l’autre.

Cette mère insidieusement dévorante, elle est très répandue aujourd’hui : souvent sympathique, « moderne » et en apparence pleine d’amour. Une tueuse en réalité qui cherche à éliminer toute concurrence. Et le meilleur moyen de tuer le désir, c’est de niveler les différences.


Il est vrai que l’époque se prête à l’éclosion et à la prolifération de ces mères insidieusement dévorantes avec l’effacement des barrières des générations et des sexes. Je pense d’ailleurs que l’hystérie anti-pédophile actuelle et l’angoisse accrue devant l’inceste sont des réactions face à une menace d’indistinction généralisée.


A contrario, je crois que la bonne mère, c’est celle qui vous permet de conquérir votre autonomie, votre indépendance; celle qui vous autorise à désirer par vous-même, à engager le jeu de la séduction.

Elle n’est peut-être pas la plus compatissante mais elle maintient toujours la bonne distance. Et je crois vraiment que cette mère hautaine et lointaine est préférable à la bonne copine de l’éducation moderne.




Georges LEPAPE, le grand dessinateur de mode des années 30, aux côtés de Paul POIRET.

dimanche 17 juillet 2011

Canicules


En russe, les vacances (scolaires), ça peut se dire canicules : КАНИКУЛЫ.


C’est un mot que j’aime bien. Ca montre qu’on déteste les grandes chaleurs.


Donc…moi, mes canicules (même si les vacances scolaires je n’en ai rien à fiche), je viens de les arranger.


J’ai fait mes réservations. Dans un mois, je m’envole pour Saint-Petersbourg. Après, je remonte vers le lac Onego ou Onega (Онежское озеро) puis, si les moustiques m’ont laissée vivante, je descends sur Moscou, via Iaroslav. Puis je m’envole à nouveau pour Varsovie où je terminerai mes vacances.



Qui m’aime me suive !



Enfin…je vous reparlerai de tout ça plus tard.


J’ai choisi en fait de vous parler aujourd’hui de Tamara Łempicka (prononcer Ouèmpitska en accentuant sur le i).


Voilà un peu ce qu’on écrit sur elle dans Wikipédia :



Tamara Łempicka, née le 16 mai 1898 probablement à Varsovie, décédée le 18 mars 1980 à Cuernavaca au Mexique. La peintre polonaise la plus célèbre de la période Art Déco. Elle a eu une existence privilégiée partageant d’abord sa vie entre Saint-Pétersbourg (où elle a étudié la peinture), Lausanne, l’Italie, les villes d'eaux européennes. Après la révolution russe, elle s’installe à Paris qu’elle quittera pendant la seconde guerre (en raison de son ascendance juive) pour les Etats-Unis. Brillante, belle et audacieuse, inclassable, mystérieuse et contradictoire, elle a fait de sa vie une succession de mises en scène très élaborées. Elle prône le luxe et la modernité. Elle aimait avant tous les femmes mais elle s'est mariée deux fois.



Je n’ai pas grand-chose à ajouter mais vous avez peut-être compris que si je vous parle de Tamara Łempicka, c’est aussi parce que je me reconnais un peu en elle. Elle aimait aussi la vitesse et son tableau le plus célèbre est son autoportrait au volant d’une Bugatti verte.



Ce qui est également intéressant, c’est qu’elle est totalement tombée dans l’oubli après la guerre. Il faut reconnaître aussi que sa production picturale a accusé une sérieuse baisse d’originalité et de génie après 1935. En fait, Tamara a voulu changer et faire évoluer son style mais elle n’a pas réussi à se dégager d’influences extérieures trop évidentes.



Ce n’est que dans les années 70 que l’on a commencé à redécouvir Tamara Łempicka en même temps que l’Art Déco. J’ai l’impression qu’un certain nombre de jeunes filles se reconnaissent aujourd’hui en elle et il y a d’ailleurs une maison de mode, Lolita Lempicka, dont le nom est un hommage à la fois à Nabokov et à Tamara Łempicka (inutile de vous dire que je fréquente ponctuellement).



Tamara Łempicka

dimanche 10 juillet 2011

Lire, c’est vivre


Vous vous apprêtez peut-être à partir en vacances. N’oubliez pas de partir avec une valise de livres avec vous.

Une valise ? Oui, parce que la lecture n’est pas contre la vie, comme le dit si bien Charles Danzig. Elle n’est pas un dérivatif, un apaisement, une distraction. Elle est la vie même, sous une forme souvent plus intense, plus exacerbée. Elle en est la transfiguration.


Il ne s’agit pas de lire un petit peu, un livre de temps en temps. Il s’agit de lire tout le temps, continuellement, de manière à ce que s’enchevêtrent toujours en vous le réel et l’imaginaire. C’est comme ça que la vie devient plus belle, plus riche.


Alors, c'est pour ça que je vous ai extrait quelques livres de ma pile de ces deux derniers mois. Je vous les recommande tous vivement.

Pour voyager :


-Peter HOPKIRK : « Le Grand Jeu –Officiers et espions en Asie Centrale » (Editions Nevicata). J’en ai déjà parlé. C’est pour moi un admirable roman d’aventures mais il faut quand même s’intéresser un peu à la Russie et à l’Asie Centrale.



- Lieve Joris : « Ma cabine téléphonique africaine » Editions Actes Sud

Plusieurs récits de la grande écrivain-voyageur belge; pas seulement en Afrique mais aussi au Proche-Orient et en Europe de l’Est.


-Antonin Potoski : « Cités en abîme ». Oman, Myanmar, Ethiopie, Bangladesh, Japon. Des passages secrets entre des pays éloignés. C’est fascinant et merveilleusement écrit.



- Julien Blanc-Gras : « Touriste » éditions « Au diable vauvert ». L’auteur se plaît à renverser les points de vue. C’est très drôle, très intelligent.


- Wade Davis : « Pour ne pas disparaître – Pourquoi nous avons besoin de la sagesse ancestrale » Albin Michel – Un merveilleux livre d’ethnologie facile à lire.



- « Waleed Yahyia Saadoun : « Dis au tueur qu’il sera tué – Chronique barbares de Bagdad ».

Un récit terrifiant de la vie quotidienne à Bagdad avec le portrait de deux tueurs sadiques, l’un chiite, l’autre sunnite.


- « Nouvelles du monde » Editions Hoëbeke: un ensemble de nouvelles présentées par le journaliste, spécialiste du Moyen-Orient, Jean-Pierre Perrin. Un tour du monde des bouts du bout du monde. Avec des contributions d’Alain Borer, Gilles Lapouge, Jean-Luc Coatalem, Björn Larsson etc….


- Christophe Sabouret : « Fukushima – L’Apocalypse et après ? » Editions Pascal Galoché. Fukushima, quelle barbe ! Ce n’est heureusement pas un bouquin d’écolo nous serinant ses niaiseries apocalyptiques. Ce tout petit livre apporte un éclairage nouveau en situant Fukushima dans son contexte politique mal connu. Un portrait intéressant notamment du Le Pen japonais, le gouverneur de Tokyo.



Pour réfléchir


-Marcela Iacub : « Confessions d’une mangeuse de viande » Fayard

L’une de mes maîtres à penser. Encore une fois, c’est inattendu, profond, original



-Eric Vartzberg : « Comment Woody Allen peut changer votre vie » Le Seuil

Un chef d’œuvre de psychanalyse amusante qui essaie de répondre à des questions essentielles comme :

- Comment supporter le hasard ?

- Comment se désintéresser de la politique ?

- Comment ruiner sa vie amoureuse ?

- Comment ne pas devenir ce que l’on est ?


-Sophie de Mijolla-Mellor : « La mort donnée – Essai de psychanalyse sur le meurtre et la guerre » P.U.F. Un grand livre; une approche nouvelle du crime : non pas comme un acte de folie mais comme un potentiel en chacun de nous.


-Anne Dufourmantelle : « Eloge du risque » éditions Payot. La meilleure chose qui puisse vous arriver, c’est qu’il vous arrive justement quelque chose. Y compris, un échec ou une déception amoureuse.




Des romans


-Philippe Vilain : « Pas son genre » Grasset. La relation amoureuse d’un prof de philo et d’une coiffeuse à Arras. Qui a dit que les rapports de classe n’existaient plus à l’âge démocratique ? Notamment en amour et surtout en amour. C’est une question que l’on occulte mais qui est essentielle. Qu’est-ce qui sépare une personne éduquée d’une personne modeste ? Tolstoï soulignait justement qu’il y avait une asymétrie : la personne modeste ne perçoit que peu de différences ; l’intellectuel en revanche voit un abîme. Le livre est passionnant sur ce sujet.


-Bernard Sichère : « Ce grand soleil qui ne meurt pas » éditions Grasset. Les anciens maoïstes, en général, ça me gonfle. Je ne comprends pas et je trouve que ce sont des frustrés. Pas Bernard Sichère qui n’a jamais eu le ridicule de donner dans le populisme prolétarien et qui a toujours mis au premier plan la question sexuelle. Un parcours étonnant : grand lecteur de Sade, puis maoïste, puis romancier et philosophe… .aujourd’hui hanté par la figure du Christ.



-Srdjan Valjarevic : « Côme » Actes Sud. Un jeune écrivain serbe débarque un jour, pour la première fois, à l’Ouest, sur les bords du lac de Côme. Si on vient « de là-bas », on sera enchanté par la justesse et la drôlerie de ce bouquin.



J’ai choisi d’illustrer ce post avec des œuvres d’Emil NOLDE qui évoque bien, me semble-t-il, les paysages d’été en Europe du Nord.



Il faut absolument que vous alliez, un jour, visiter la maison de Nolde à Seebüll. Ce n’est pas si loin : 8 heures de voiture depuis Paris. C’est juste à la frontière avec le Danemark. Il y a là un jardin merveilleux qui prolonge une plage de sable fin et la mer du Nord.

dimanche 3 juillet 2011

Le grand jeu – Le rêve indien


Dans chaque pays, les mentalités sont façonnées par une sorte de rêve collectif, historique et géographique. Evidemment, ce sont des cadres à chaque fois très différents mais ça explique beaucoup de choses.

En Russie, il y a deux grands fantasmes, très forts surtout au 19ème siècle mais qui perdurent aujourd’hui : Byzance et l’Asie Centrale. On comprend ça en visitant par exemple l’un de mes musées préférés, le musée russe de Saint-Petersbourg.


C’est peut-être sur ces deux points que se mesure d’ailleurs ce qui sépare le plus un Russe et un Français. Ce n’est pas tellement la langue ou les habitudes quotidiennes, c’est surtout l’histoire et l’espace géographique avec l’imaginaire qui leur est lié. L’Asie Centrale et Byzance, c’est très important pour un Russe mais j‘ai l’impression qu’un Français n’en a vraiment rien à fiche et n’a d’ailleurs que d’obscures notions sur la question.

Byzance, j’en parlerai dans un post à venir.


Pour l’Asie Centrale, j’ai été étonnée de découvrir que peu de Français savent qu’il y a eu deux projets d’invasion conjointe des Indes par les armées russe et française : le premier, extravagant, présenté en 1801 par Paul 1er, le fils neurasthénique de Catherine; le second présenté à Tilsit, en 1807, par Napoléon lui-même, à Alexandre 1er.


Ce n’était pas du tout absurde. Napoléon venait d’ailleurs de signer un traité avec le Shah de Perse qui scellait l’amitié des deux pays et accordait un droit de passage aux troupes françaises sur le territoire iranien.

Ce projet de conquête franco-russe a malheureusement été abandonné (Alexandre se retournant contre Napoléon) mais je trouve que c’était vraiment exaltant.


D’ailleurs, ça m’a fait énormément rêver lorsque j’étais enfant et ça continue de me passionner. J’aurais voulu être espionne à Khiva, trafiquante à Boukhara, courtisane à Hérat.

Les Russes sont détestés dans le monde entier, parce qu’on les considère comme des agresseurs et impérialistes hypocrites.



C’est difficile à contester mais il faut voir également que l’expansionnisme russe correspondait à un besoin de protection après trois siècles de domination mongole : il fallait que les ennemis potentiels soient le plus loin possible de Moscou.

Le rêve indien qui a pris naissance chez les Russes, dès la Grande Catherine, était d’abord motivé par l’attrait exercé par l’Inde qui était alors perçue comme un pays de richesses fabuleuses.



En outre, il s’agissait de se protéger de la Grande-Bretagne qui occupait l’Inde à cette époque.

C’est pour cela qu’au 19 ème siècle, la Russie a conquis progressivement le Caucase puis tous les Khanats musulmans de l’ancienne route de la soie (Khiva, Boukhara, Kokand).

L’idée était ensuite de prendre des positions fortes en Perse et en Afghanistan pour pouvoir exercer une pression sur les troupes britanniques.


On a appelé « le Grand Jeu » cette rivalité et ce conflit larvé entre la Russie et la Grande-Bretagne durant tout le 19ème siècle.

J’adore toutes les péripéties et histoires extraordinaires qui ont émaillé ce « Grand Jeu » et j’en suis presque une spécialiste. Il est évidemment facile de condamner à bon compte cette forme de colonialisme mais il faut aussi reconnaître que c’était une aventure qui réclamait un courage et une audace extraordinaires. Des personnalités exceptionnelles ont ainsi été les acteurs de ce Grand Jeu » : Pottinger, Burnes, Iermolov, Paskievich, Witkiewicz, Connolly, Stoddart. Ces régions étaient en effet extrêmement périlleuses et l’Européen qui s’y aventurait, s’il ne mourait pas dans un désert, avait de bonnes chances de finir ses jours comme esclave ou massacré par les indigènes.


« Le Grand Jeu » a évidemment été suspendu avec la Révolution d’Octobre, mais il a curieusement repris après la seconde guerre mondiale, même si la Grande-Bretagne n’en est plus protagoniste.

Il est aujourd’hui plus que jamais actuel. Pourquoi les Russes ne lâchent-ils rien dans le Caucase, en Tchétchénie, en Abkhazie, en Géorgie ? Pourquoi se rapprochent-ils de l’Iran ? Pourquoi espèrent-ils reprendre pied en Afghanistan ? Pourquoi l’Inde est-elle leur partenaire privilégié ?

Tout simplement parce que leur rêve indien n’est pas mort et qu’ils continuent de jouer « le Grand Jeu ».


Photographie de fleurs de pavot en Afghanistan

Tableaux de Vassily Wereshtshagin (Василий Василиевич Верещагин) et d'Alexander Laszenko

Sur « Le Grand Jeu », je recommande la lecture de :

- Peter HOPKIRK : « Le Grand Jeu –Officiers et espions en Asie Centrale » (Editions Nevicata)

- « Le Grand Jeu » dans la revue « Autrement », un ouvrage dirigé par Jacques Piatigorsky et Jacques Sapir.