samedi 27 mai 2017

La vie toboggan

Je ne vous dis pas tout dans mon blog, loin s'en faut ! Vous l'avez, peut-être, remarqué mais, depuis quelques mois, Carmilla Le Golem, ça n'était plus vraiment ça. J'ai, en fait,  rédigé, mécaniquement, mes posts: quelques bêtises avec lesquelles j'ai essayé de faire illusion. C'était, sans doute, médiocre mais j'y suis, malgré tout, arrivée, je ne sais pas comment. J'ai été même tentée de suspendre mon blog. 
   

Je le reconnais: j'ai un peu plongé ces derniers temps.

Saisie d'une humeur sombre, envahie par un pessimisme noir: angoisses de mort, de maladie !. Étonnant quand on est une vampire, donc immortelle !


Mais je crois que personne n'est d'un tempérament sans cesse égal. La sérénité, imperturbable, je n'y crois pas.

Chacun d'entre nous est confronté, deux ou trois fois dans sa vie (voire plus, voire moins), à ces jours terribles où on va lui annoncer qu'il va survivre ou prochainement périr.

 

Aussi blindés soit-on, on se trouve, alors, emportés dans une spirale dépressive. On est, brutalement, torturés de doutes, d'inquiétudes. Le monde n'a plus les mêmes couleurs, on ne sait plus de quel côté de la barrière on se situe.


La vie n'est pas un fleuve tranquille. C'est souvent, plutôt, un toboggan. Un toboggan dont on ne retrouve pas toujours le sommet.

Tout se joue, finalement, sur un coup de dés. La vie peut bifurquer tout à coup et c'est ce qu'il est le plus difficile d'admettre. Vis à vis de la mort, nous ne sommes pas tous égaux, il y a même une injustice fondamentale.


Admettre, supporter, le hasard, l'injustice de la vie, c'est quasiment impossible. Pourquoi moi ?


Mais finalement, le hasard semble m'avoir été favorable. "REVIVAL" donc et poursuite de Carmilla le Golem.

Tableaux d'une jeune artiste suisse de Zürich: Louisa GAGLIARDI née en 1988. J'adore et elle a, j'en suis sûre, un grand avenir.

samedi 20 mai 2017

Est-ce qu'on a un Destin ?


Je sais bien que je risque d'agacer en parlant de lui mais c'est sûr qu'Emmanuel Macron est fascinant. D'abord, il nous ringardise tous un peu en nous renvoyant à nos préjugés et oppositions sommaires. Ensuite, il incarne la rencontre, incroyable, d'un homme et d'un Destin: il y a un an, il était vraiment le seul à croire en lui.


C'est ça qui m'étonne, me trouble le plus, tellement c'est éloigné de ma vision de la vie. Le Destin, c'est vrai que beaucoup de gens semblent croire en ça ! Dès leur plus jeune âge, dès leur adolescence, plein de gens semblent sûrs de ce que, plus tard, ils deviendront, de ce qu'ils feront. Leur vie est, d'emblée, programmée. Pour ça, ils sont dociles, ils se plient au cursus obligatoire, ils font les bonnes études. Ils ont une confiance inébranlable en eux. Mais finalement, ces gens là sont heureux. La vie sur des rails, c'est bien !


Moi, je n'ai jamais su ce que je voulais faire, je n'ai jamais cru que j'avais un destin. Je n'ai jamais eu aucune ambition personnelle, professionnelle, artistique. Je me suis toujours sentie ballottée par la vie, vivant simplement au hasard des circonstances. La vocation, le Destin, ça m'a toujours été étranger. Peut-être que j'aurais pu, aussi, être vendeuse, serveuse, call-girl, taxi, hôtesse, bureaucrate etc..., et que je me serais sentie pareillement heureuse et n'en aurais conçu aucune amertume. Mon seul problème, ça n'a, toujours, été que la survie économique.


La vie, ça m'est toujours apparu une espèce de loterie (les amours, les amants, la vie professionnelle), façonnée au gré des hasards, opportunités. M'adapter, ça a été ma seule préoccupation. Bien sûr, j'aurais préféré être artiste, intellectuelle, mais je n'avais pas, non plus, le niveau.


La méritocratie républicaine, on parle beaucoup de ça aujourd'hui ! Mais mes mérites à moi, ils m'apparaissent très limités. J'ai certes réussi quelques concours, éventuellement prestigieux, mais simplement par hasard, par chance ! J'étais toujours impréparée, à côté ! J'ai toujours pensé que c'était mon physique qui avait fait la différence et je me suis toujours sentie coupable vis-à-vis de ceux dont j'avais pris la place.

On m'a, heureusement, découvert un petit talent en maths, finances. Pourquoi pas ? Mais ça aurait pu, aussi, être autre chose. Je ne m'en plains pas parce que, finalement, je vis, maintenant, débarrassée des problèmes matériels que j'ai toujours eus en horreur.


Mais, au total, qu'est-ce que la vie ? Je ne regrette pas, non plus, de ne jamais avoir eu aucun projet, aucun objectif, de ne m'être jamais identifiée à aucun destin, aucune vocation. Ça ne m'a finalement pas si mal réussi même si je suis dispersée, incohérente, spécialiste de rien du tout. Ma superficialité, je la revendique même !


Mais être un papillon, est-ce que ça n'est pas mieux qu'être un bœuf ?


Tableaux de Claude VERLINDE, peintre surréaliste français, né en 1927 de parents flamands. Il est tombé dans l'oubli comme presque tout le mouvement surréaliste. Pourquoi ? Ça n'était tout de même pas si mauvais. On s'est mis à haïr, curieusement, la représentation.

dimanche 14 mai 2017

Des souvenirs


Qu'est-ce qui reste en nous d'une vie, de sa vie, qu'est-ce qu'on en retient ? Quelles images viennent hanter, en boucle, nos rêves, nous empêchent de dormir ? Le bonheur, le malheur ?


J'ai la réputation d'être hyper-mnésique, de tout imprimer, définitivement, dans mon cerveau. C'est vrai que j'ai, probablement, une bonne mémoire dans le temps. Je suis capable de reconstituer instantanément ce que je faisais, tel jour, il y a 1 an, 5 ans, 10 ans et au-delà. Je me souviens de tout, je n'oublie à peu près rien. C'est pour ça que je déteste tous les systèmes électroniques d'agenda, de repérage (je n'ai ni GPS, ni calculatrice, c'est à peine si j'ai un i-phone) : je n'ai pas besoin de ça!

Je tiens ça de ma mère qui était championne de calcul mental et ordinateur à elle-même. Je suis probablement imbattable dans le domaine du temps mais, en ce qui concerne la mémoire visuelle, je suis, plutôt,  déficiente: j'ai du mal à reconnaître les gens, ils m'apparaissent toujours différents de l'image que j'avais d'eux.


La mémoire, en fait, elle est largement émotionnelle, affective, et je fais, donc, comme tout le monde: je trie, je sélectionne mes souvenirs. Et ce que je tamise, ce qui vient ensuite me hanter, ce ne sont pas tellement les moments heureux de ma vie.


Le bonheur (les amours, les fêtes), il est sans prolongement. Il est, tout entier, dans le registre de l'instant, il ne nous change pas, il est sans vertu formatrice, éducative. On le vit passivement, simplement, dans son immédiateté sans en retirer une quelconque leçon. C'est pourquoi, il s'efface vite et s'inverse même, le plus souvent, dans le malheur. Le bonheur n'est jamais sans contrepartie !

Finalement, évoquer les instants de bonheur, c'est toujours douloureux. Pour ma part, j'évite, j'évacue ça ! Mes amants, je veux, surtout, les oublier !


En fait, ce que je revis, principalement, c'est tout ce qui m'a fait souffrir : ma détresse et ma solitude lorsque j'étais écolière, les humiliations vécues (tous les types qui m'ont dit que j'étais nulle), la honte éprouvée (t'es habillée comme une pute ou une provinciale), la maladie et la mort des proches (les cercueils de mes parents, de ma sœur) !  Les souvenirs, pour moi, c'est surtout tragique !


Mais ça n'est quand même pas que ça. Les souvenirs, c'est aussi, et beaucoup, la nostalgie. La nuit, dans mes rêves, elle m'assaille sans cesse. Et la nostalgie, ce n'est pas tellement le bonheur, c'est la mélancolie, une tristesse diffuse mais exaltante.


La nostalgie, ce sont tous les lieux où j'ai pu vivre, autrefois, et qui appartiennent, maintenant, à un passé complètement révolu: Téhéran, Moscou, Kiev, Varsovie.

Ça n'était peut-être pas beau à cette époque, voire carrément affreux et, même, sinistre. Mais la beauté, l'agrément, d'un pays, ce n'est pas simplement ça qui fait qu'on s'y sente heureux. La laideur, la mélancolie aiguisent le regard, l'intelligence. J'aime ce que l'on juge moche !



Même si c'était peut-être des pays d'une infinie tristesse, j'y ai, aussi, été heureuse. Mais aujourd'hui, quand je reviens là-bas, je ne retrouve plus rien, tout est devenu comme ailleurs. Une autre grisaille s'est substituée, celle de la banalité mondialisée avec une même uniformité urbaine.

Je vis, aujourd'hui, à Paris 17ème (près du Parc Monceau), l'un des sommets de la culture européenne. Mais je sais aussi que je pourrais vivre sans aucun problème (et j'y serais peut-être, même, plus heureuse) à Laon, à Astana, à Perm.


Tableaux de Christian SCHLOE, jeune artiste surréaliste autrichien:  peut-être pas un grand peintre mais qui m'a semblé s'accorder à mon propos.

dimanche 7 mai 2017

Lettres européennes


A un moment où l'"opinion", le peuple, semblent rejeter, de plus en plus, l'Europe, voici quelques livres, lus récemment,  qui évoquent, tous, les tragédies de l'Europe.

Un peu de Russie d'abord

- Diana NIKIFOROFF: "De la Russie en révolution à la Cité interdite". Le destin inouï d'une jeune femme plongée dans la guerre civile en Ukraine et en Russie à partir de 1918. La famine, la mort des proches puis un long périple vers la Chine et un long séjour à Pékin. Un livre extraordinaire qui permettra surtout, à beaucoup de lecteurs, de découvrir une période tragique de l'histoire totalement méconnue.




- Sofia TCHOUIKINA: "Les gens d'autrefois". La noblesse russe, ça représentait une part non négligeable ( plus de 1 %) de la population: soit près de 2 millions de personnes bénéficiant, certes, d'une vie agréable et privilégiée mais pourvues, aussi, d'une culture et éducation spécifiques. Beaucoup ont, bien sûr, émigré après la Révolution mais certains sont, malgré tout restés et ont essayé, tant bien que mal, de s'adapter. Des destins tragiques que l'on commence seulement à évoquer aujourd'hui. Il y a eu un silence absolu, rappelons-le, sur les massacres et la répression qui ont suivi la Révolution.



- Ludmila OULITSKAÏA: "A conserver précieusement". La grande écrivain russe contemporaine, la plus célèbre. Ce n'est pas un roman mais un recueil de souvenirs, réflexions autobiographiques, interviews, portraits. Un regard incisif sur la société, la politique, la maladie, le destin. Une excellente introduction à Oulitskaïa.

- Vladimir FEDOROVSKI: "Poutine de A à Z". Les livres de Fedorovski, ancien diplomate de l'ex-URSS, m'apparaissent souvent superficiels tant ils sont nombreux. Mais pas celui-là: un panorama passionnant et exhaustif de la Russie contemporaine avec de multiples clés et analyses de la personnalité de Poutine. Un livre de révélations sur un personnage hors normes, son entourage, sa vie personnelle, ses méthodes. Je recommande en particulier le portrait de l'espionne Anna Chapman.



Un peu d'Allemagne ensuite :

- Sacha BATTHYANY: "Mais en quoi suis-je donc concerné ? Un crime en mars 1945". Sacha Batthyany est un jeune journaliste suisse mais la famille des Batthyany a marqué l'histoire hongroise et européenne pendant des siècles. Il découvre, fortuitement, que sa richissime tante a organisé, en mars 1945, une fête à l'issue de laquelle les invités assassinèrent 180 juifs.

Sacha Batthyany commence alors à enquêter sur le déroulement exact des faits et il se trouve, alors, confronté à un questionnement bien plus personnel: en quoi tout cela peut-il bien le concerner ? Ses recherches le mènent dans la Hongrie d'antan, l'Autriche et la Suisse, sur le site d'un Goulag en Sibérie, à Buenos-Aires. Comment l'Histoire façonne notre regard sur nous-mêmes. Extraordinaire ! 


- Volker ULLRICH: "Adolf Hitler - L'ascension 1889-1939". Evidemment, les deux premiers tomes de cette biographie de Hitler totalisent plus de 900 pages et la suite n'est pas attendue avant 2018. On pensait qu'après Kershaw, il n'y avait plus rien à écrire sur Hitler. Ce livre est remarquable par sa rigueur et son honnêteté intellectuelle. Il se concentre sur la personnalité de Hitler: "Démagogue de premier ordre, comédien tout à fait doué..., pratiquant à merveille l'art de la dissimulation,...doué d'une capacité d'appréhender et d'exploiter en un éclair les situations favorables". Un Hitler restitué dans sa complexité, son humanité (même si l'on a du mal à employer ce terme à son propos). Fascinant : à lire surtout aujourd'hui à l'heure où nous assistons au retour des démagogues.

Un peu d'Islande ensuite:

Eirikur Örn NORDDAHL: "Heimska La stupidité". L'Islande, c'est vraiment une énigme. Un tout petit pays (300 000 habitants) où l'on lit le plus au monde et produit des écrivains à la pelle. NORDDAHL s'est fait connaître, récemment, avec un très grand livre: "Illska, le Mal". Ce dernier petit livre évoque un futur proche, celui de la surveillance généralisée, de la transparence complète, où tout ce qui est caché devient suspect.


Un peu d'Iran aussi (mais l'Iran pour moi, c'est également l'Europe) :

- Maryam MADJIDI: "Marx et la poupée". Maryam Madjidi a quitté, à 6 ans, l'Iran dans les années 80. Elle développe une réflexion que j'ai adorée sur l'exil, le déracinement, l'appartenance à deux cultures. Savez-vous, par exemple, qu'on peut trouver horrible, immangeable, la cuisine française ? Et puis la nostalgie des paysages, des montagnes, des fleurs, des fruits, des jardins, du raffinement artistique, de la poésie. A lire absolument par tous ceux qui connaissent les deux pays.


Enfin un peu de littérature française:

- Franz-Olivier GIESBERT: "Belle d'amour". Des préjugés m'avaient jusqu'alors écartée de Franz-Olivier GIESBERT: un journaliste touche à tout. Et bien, j'ai eu beaucoup de plaisir à lire ce bouquin. Ce n'est certes pas de la grande littérature mais il brasse, avec beaucoup de talent, l'histoire du monde. J'ai, comme ça, appris plein de choses sur le Moyen-Age, Saint-Louis et ses croisades. Du coup, j'ai tout de suite enchaîné avec l'un de ses précédents bouquins: "La cuisinière d'Himmler" qui a la même dimension historique.



- Alessandro GIRAUDO: "Or, argent et folie des grandeurs". Un petit bouquin d'économie, enfin, qui retrace comment l'attrait de l'or a façonné l'histoire du monde. C'est passionnant (même pour des non-économistes) et écrit avec esprit de synthèse et de pédagogie. Préfacé par Jacques Attali.


Tableaux de Clovis TROUILLE (1889-1975). Grand peintre picard (né à La Fère dans l'Aisne) Il est aujourd'hui tombé dans l'oubli mais il était très apprécié du mouvement surréaliste. Il était peut-être kitsch mais j'aime bien son côté subversif. Il se réclamait de l'anarchisme, il exaltait la couleur, l'érotisme. Il dénonçait, de manière virulente l'armée, la religion (le sabre, le goupillon) les institutions. Il n'y a plus, aujourd'hui, de révoltés comme lui, juste des aigris, des revanchards, des gens pleins de fiel.

dimanche 30 avril 2017

"La France moisie"


Pour s'écharper, grave, avec des Français, il suffit de parler politique. Ça peut vite devenir sanglant. Ça déborde, tout de suite, de haine, passion, ressentiment.

A cause de ça, j'évite absolument d'évoquer le sujet. D'autant que j'estime être mal positionnée. Je ressens toujours une certaine hostilité. De quoi je me mêle d'abord ? Et puis, on a vite fait de me juger privilégiée et, ensuite, j'incarne ce que l'on abhorre en France: la Finance (même si on ne sait pas ce que c'est), la Slave (forcément intéressée), Paris (forcément arrogante). J'ai tout pour paraître odieuse.


Je m'écrase donc, je ne dis rien, je me fais discrète, petite. Le dialogue m'apparaît, de toute manière impossible, inutile. J'ai l'impression de ne pas vivre dans le même monde.

La France, c'est un pays vraiment bizarre: la jalousie et la rancœur sociales y sont exacerbées. On considère que les riches ont, forcément, volé des pauvres mais on ne semble pas penser, non plus, qu'ils ont peut-être, aussi, créé des richesses.


Ce sont toutes les ambiguïtés de l'égalitarisme à toute force. L'égalité, c'est bien, c'est la logique démocratique mais sa dynamique comporte aussi sa part d'ombre: le risque d'une "tyrannie de la majorité" d'autant plus forte qu'elle s'appuierait sur la toute-puissance de l'opinion publique (Tocqueville).


Et puis, il y a la montée effrayante, en France, des populo-nationalistes avec une sombre rencontre de l'extrême-droite et de l'extrême-gauche (Le Pen-Mélenchon).

Des gens (évidemment mieux informés que moi), me disent souvent comme ça, avec condescendance, que l'extrême-droite est au pouvoir en Pologne et qu'en Ukraine, ce sont des néo-nazis. Là non plus, je ne dis rien mais ça me laisse rêveuse. On ne se pose pas la question de ce que je puis penser, moi, de la France ? Pays moderne, libéral, ouvert ? Les premiers résultats des élections permettent d'en douter.


Comme le constate l'économiste Pierre-Antoine Delhommais : "Un électeur sur deux s'est prononcé en faveur de candidats qui proposaient rien de moins que de faire éclater le "système" et l'Europe, qui rejetaient en bloc ou en détail la mondialisation, l'économie de marché et le libre-échange".

Ou alors, Peter Sloterdijk le grand philosophe allemand: "Avec 22 % pour le Front National, et presque 20 % pour les "insoumis" - insoumis au bon sens ?-, et en ajoutant les autres, on arrive à ce constat: à chaque élection, la moitié de la nation française s'offre une partie d'extase avec les extrémismes. Une chose est sûre: la France est profondément philistine, petite-bourgeoise, aimant savoir jusqu'où elle peut aller dans la haine de soi. Les philistins, c'est-à-dire les gens fermés aux arts, à la culture et à la nouveauté du monde"


Ce n'est évidemment pas très agréable de lire ça. La France, pays culturellement largué, frileux et enfermé dans ses rancœurs et ses affrontements populistes ?


Mais une chance historique de rompre avec l'archaïsme, la haine et l'unilatéralisme vient de se présenter. Elle est incarnée par "un jeune homme empreint de philosophie, dénonçant, dans le sillage de Spinoza, les "passions tristes" et célébrant la liberté, le savoir, l'universel.Tout être raisonnable devrait participer à cet événement dans un étonnement et une jubilation".

Dégageons donc les Mélenchon/Le Pen !


Tableaux de Marc ROTHKO (1903-1970), le grand peintre américain originaire de Lettonie.

Ce texte m'a été inspiré par un entretien du journal "Le Point" avec le philosophe allemand Peter Sloterdijk qui soutient évidemment Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron: la culture, les Lumières, contre la bêtise, l'ignorance !

samedi 22 avril 2017

Les métamorphoses de la sensibilité


Chez un bouquiniste, j'ai découvert un vieux livre consacré à Léonor Fini. Elle était, paraît-il, très célèbre et très cotée dans les années 70 et puis elle est tombée dans l'oubli. Elle recommence seulement à susciter un peu d'intérêt mais on la la juge, généralement, kitsch, d'un érotisme sulfureux narcissique et daté. 


Moi j'aime bien Leonor Fini, j'ai même adoré, mais c'est sûr qu'elle appartient à une époque révolue.On a tendance à penser qu'avant, c'est-à-dire les précédentes décennies, c'était à peu près comme aujourd'hui mais, en fait, il n'en est rien. Les hommes, les femmes, leurs relations, aujourd'hui, hier, ça n'a plus rien à voir. La modernité, c'est bien Jeff KOONS et Damien HIRST et c'est ça qu'il faut penser aujourd'hui même si ça ne nous fait pas vibrer de prime abord.


Les années 70, même si c'est encore proche, j'ai l'impression que les mentalités étaient très différentes, à des années-lumière.


Je me suis penchée un peu là-dessus et j'ai le sentiment de me retrouver, largement, dans les années 70. J'ai glané, ci-dessous, quelques idées qui m'apparaissent importantes mais j'admets aussi que je raconte, peut-être, d'énormes bêtises.


C'était d'abord une explosion de couleurs. On aimait les couleurs pas possibles: les voitures, l'habillement, la décoration de son appartement; on aimait les couleurs flashy, agressives: jaune citron/tournesol, vert pomme/absinthe, orange/mandarine. On adorait Vasarely, histoire de se désorienter, se tourner la tête. C'est, paraît-il, la seule décennie du 20ème siècle durant la quelle on ait aimé la couleur. On trouve ça affreux aujourd'hui, de mauvais goût, et on s'est empressés de revenir au noir, au gris, au blanc. La petite robe noire, c'est devenu le summum du chic. On n'aime plus les couleurs et on pense être plus raffinés.


C'était, surtout, l'esprit aventure, routard, le trip vers l'Inde ou le Népal. J'ai moi-même adhéré à ça , évidemment avec retard: je n'ai fait qu'un bout de la route des Indes (d'Istanbul à Kerman) mais mon ambition, ça demeure de la faire en totalité.

La mondialisation, dans les années 70, on y aspirait et ce qui attirait, fascinait, c'était l'Orient. On louait l'extraordinaire qualité d'accueil que l'on rencontrait dans les pays musulmans. Les pays dont on rêvait: la Turquie, l'Iran, l'Afghanistan, le Pakistan.


On est évidemment extraordinairement loin de ça aujourd'hui; on devient crispés, apeurés, repliés, nationalistes. Mais il est important de rappeler que l'Orient et l'Islam ont longtemps fasciné les Européens et cela jusqu'à une époque très récente. Il y a sans doute des responsabilités partagées dans le rejet réciproque et l'antagonisme en cours.


Les années 70, c'était aussi l'apogée de la philosophie et de la psychanalyse en France. Une génération exceptionnelle : Lacan, Foucault, Deleuze, Levi-Strauss et de multiples épigones.


Une question centrale était soulevée: celle de la sexualité humaine, la relation du désir à l'interdit.

Il y avait quelques auteurs fétiches: Georges Bataille, Antonin Artaud, le Marquis de Sade, Antony Duvert, Monique Wittig. On aimait aussi la peinture surréaliste.


Que reste-t-il de cette effervescence intellectuelle ? Plus grand chose. D'abord, il me semble qu'il n'existe plus aucun "penseur" français susceptible de passer à la postérité. Et puis, il y a un désintérêt accru pour la psychanalyse et le déchiffrement de la sexualité humaine. Bien des livres publiés dans les années 70 ne trouveraient pas, aujourd'hui, éditeurs. On devient même carrément puritains tellement on est hantés par les harceleurs, violeurs, pédophiles, pervers manipulateurs qui nous menaceraient sans cesse. Les rapports entre les hommes et les femmes ne sont plus les mêmes, à la fois plus égalitaires et plus distants. On n'ose plus rentrer dans le jeu de la séduction.


C'est pour ça, me semble-t-il, qu'un peintre comme Leonor Fini apparaît aujourd'hui totalement décalée. Les fleurs vénéneuses, on n'aime plus. La transgression, ça fait rigoler. On est devenus plus abstraits, plus "intellectuels". Ce n'est plus l'objet qui attire, son évidence immédiate, c'est sa forme, ses connexions, son insertion dans une multiplicité.


Tableaux de Leonor FINI (1907-1996). Elle ne s'est jamais réclamée du surréalisme même si elle l'a côtoyé de près.

Enfin, même si mon blog se veut en dehors de l'actualité (et de la politique en particulier), j'appelle mes lecteurs à voter Emmanuel Macron. Pour l'intelligence, la Liberté ! Pour un Président jeune, cultivé, philosophe (depuis Marc Aurèle, ça n'a jamais existé), financier (le seul, avec Fillon, à ne pas raconter n'importe quoi en économie) ! Et surtout aussi, pour barrer la route aux deux effrayants démagogues et populistes, ignares et grossiers, Mélenchon et Le Pen (dont les programmes se rejoignent, d'ailleurs, sur bien des points). La France Mélenchon/Le Pen, ce n'est pas celle que j'ai choisie.